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La conscience

Avoir conscience, c’est savoir ce que l’on vit au moment où on le vit. Mais cette connaissance de soi est-elle fiable ?

14 min de lecture · Quiz · 6 questions · Mis à jour le 26/09/2026

IIntroduction et problématique

Je peux me tromper sur presque tout : sur la couleur d'un objet, sur les intentions d'un ami, sur la date d'un événement. Mais puis-je me tromper sur le fait que je suis en train de penser ? La conscience semble offrir une certitude d'un genre à part : celle d'un accès direct à ce qui se passe « en moi ». C'est elle qui me permet de dire « je », de me reconnaître comme le même d'un jour à l'autre, et de répondre de mes actes.

Pourtant, cette évidence est fragile. Il nous arrive de découvrir des motifs que nous ignorions, d'oublier ce qui nous a marqués, de nous mentir à nous-mêmes. La conscience éclaire-t-elle vraiment toute notre vie psychique, ou n'en est-elle que la partie visible ?

La conscience me donne-t-elle une connaissance certaine de moi-même, ou me laisse-t-elle en partie étranger à ce que je suis ?

IIDéfinitions

Définitions : à retenir
Conscience
(du latin conscientia, « savoir avec ») : connaissance plus ou moins claire qu'un sujet a de ses états, de ses pensées, de ses actes et du monde qui l'entoure.
Conscience morale
capacité de juger la valeur de ses propres actes, de distinguer le bien du mal.
Sujet
être capable de dire « je », qui se pense comme l'auteur de ses pensées et de ses actes.
Inconscient psychique
chez Freud, ensemble de représentations et de désirs refoulés, actifs, qui échappent à la conscience.

Une distinction traverse toutes ces définitions : la conscience n'est jamais vide, elle est toujours tournée vers autre chose qu'elle-même : ce que le philosophe Edmund Husserl nomme l'intentionnalité de la conscience.

« Toute conscience est conscience de quelque chose. »Edmund Husserl · Méditations cartésiennes · 1929

IIITrois auteurs de référence

Trois thèses dessinent l'essentiel du débat : la conscience comme certitude première (Descartes), la conscience limitée par l'inconscient (Freud), la conscience comme durée et mémoire (Bergson).

Descartes : le cogito, première certitude

Descartes cherche une vérité qui résiste à tous les doutes. Il peut douter de ses sens, du monde extérieur, même des vérités mathématiques ; mais douter, c'est déjà penser, et pour penser, il faut être. C'est le cogito : la première certitude, indubitable, dont toute connaissance repartira.

« Je pense, donc je suis. »René Descartes · Discours de la méthode, IVe partie · 1637

Freud : l'inconscient, une part de nous qui échappe à la conscience

Freud rompt avec l'idée d'une conscience transparente à elle-même. Une grande part de notre vie psychique (désirs, souvenirs, conflits) est refoulée dans l'inconscient, mais continue d'agir sur nos pensées, nos actes manqués, nos rêves. Se connaître soi-même suppose alors un travail d'interprétation, pas seulement une introspection.

Bergson : la conscience comme durée

Pour Bergson, la conscience n'est pas une suite d'instants séparés : c'est une durée, où le passé se prolonge dans le présent par la mémoire. Avoir conscience, c'est se souvenir et anticiper en même temps ; c'est ce qui rend possible la liberté, comprise comme la capacité d'agir à partir de tout ce que l'on est, et non comme un choix arbitraire entre deux possibles.

AuteurThèseNotion cléUtile pour
DescartesLa conscience de soi est la première certitude.Cogito, doute méthodiqueDéfendre un sujet transparent à lui-même
FreudUne grande part du psychisme échappe à la conscience.Inconscient, refoulementCritiquer l'idée d'un sujet maître de lui-même
BergsonLa conscience est durée, mémoire et anticipation.Durée, choixRelier conscience, temps et liberté

IVDistinctions conceptuelles

Le programme demande de maîtriser des repères : des couples de notions qui permettent de préciser un raisonnement. Voici ceux qui servent le plus souvent sur ce sujet.

  • Conscience immédiate (ce que je perçois sur le moment) ≠ conscience réfléchie (le retour sur soi, l'analyse de ses propres états).
  • Conscience psychologique (se connaître soi-même) ≠ conscience morale (juger ses actes selon le bien et le mal).
  • En fait (ce qui est observé) ≠ en droit (ce qui devrait être, ou ce qui est légitime).

VMéthode de dissertation sur ce thème

  1. Repérer le paradoxe du sujet : la conscience se présente comme une certitude, mais son contenu peut nous échapper (inconscient, mauvaise foi, oubli).
  2. Distinguer les sens du mot conscience avant de répondre : psychologique, morale, immédiate, réfléchie.
  3. Confronter les auteurs plutôt que les juxtaposer : Descartes contre Freud sur la transparence à soi ; Bergson pour reformuler le problème autrement.
  4. Illustrer. Un exemple précis par partie : un lapsus, une décision difficile, un souvenir qui revient sans prévenir.
Sujet type bac · Dissertation4 h
« Suis-je ce que j'ai conscience d'être ? »
Pistes de problématique
  1. a. Si la conscience me fait connaître ce que je suis, comment expliquer que je puisse me surprendre moi-même ?
  2. b. Suis-je défini par ce que je sais de moi, ou par ce que je fais, que les autres voient parfois mieux que moi ?
  3. c. Reconnaître en moi une part inconsciente, est-ce renoncer à être un sujet responsable ?

Sujets voisins : « La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ? » · « Peut-on se mentir à soi-même ? »

VIErreurs fréquentes

  • ✗ Confondre les deux sens de « conscience » sans le signaler : le problème psychologique et le problème moral ne posent pas la même question.
  • ✗ Faire un catalogue d'auteurs au lieu de les confronter autour d'une même question.
  • ✗ Faire dire à Freud que nous ne sommes responsables de rien : l'inconscient explique, il n'excuse pas.
  • ✗ Citer « Je pense donc je suis » sans le doute méthodique qui y mène. Sans doute, la formule ne prouve rien.
  • ✗ Employer « inconscient » au sens courant (imprudent) au lieu du sens psychanalytique attendu ici.
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Sources. « La conscience » figure parmi les notions du programme de philosophie des voies générale et technologique (Bulletin officiel spécial n°8 du 25 juillet 2019), consultable aussi sur eduscol.education.fr. Citations vérifiées à l’édition de référence indiquée pour chaque auteur.