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La nature

L’homme fait-il encore partie de la nature, ou s’en distingue-t-il radicalement par sa liberté et sa technique ?

13 min de lecture · Quiz · 6 questions · Mis à jour le 26/09/2026

IIntroduction et problématique

Nous opposons spontanément la nature à ce qui est fabriqué, transformé ou institué par l'homme : une forêt et une ville, un instinct et une loi, un fait physique et une convention sociale. Mais cette opposition résiste-t-elle à l'examen ? L'être humain, avec ses techniques et ses institutions, appartient-il encore à la nature, ou s'en est-il définitivement séparé ?

Une seconde question, plus normative, s'y ajoute aussitôt : faut-il vivre en accord avec la nature, comme si elle indiquait une norme à suivre, ou faut-il au contraire la maîtriser et la transformer par la technique, quitte à s'en émanciper ?

Faut-il se conformer à la nature, ou chercher à la maîtriser ?

IIDéfinitions

Définitions, à retenir
Nature
du grec phusis, ce qui se développe et se meut par soi-même, sans intervention extérieure ; s'oppose traditionnellement à la technè, l'artifice fabriqué par l'homme.
État de nature
hypothèse méthodologique utilisée par certains philosophes politiques (Hobbes, Rousseau) pour penser la condition humaine avant toute société instituée ; non un état historiquement documenté.
Nature humaine
ensemble des traits considérés comme communs et invariants à tous les êtres humains, indépendamment de leur culture particulière.
Sophisme naturaliste
erreur de raisonnement consistant à déduire directement une valeur morale (ce qui est bien) du simple fait qu'une chose est naturelle.

IIIMaîtriser la nature ou s'y conformer ? Descartes, les stoïciens, Spinoza

René Descartes propose, dans le Discours de la méthode (1637), un programme radicalement nouveau : au lieu de contempler la nature ou de s'y soumettre, une connaissance vraiment utile des causes et des effets physiques permettrait à l'homme de devenir « comme maître et possesseur de la nature », notamment au bénéfice de la médecine et de la préservation de la santé. La nature y est conçue comme un mécanisme intelligible, régi par des lois que la science peut découvrir et que la technique peut exploiter.

Les philosophes stoïciens défendent une posture inverse : vivre selon la nature, c'est vivre selon la raison universelle qui ordonne le cosmos, en acceptant ce qui ne dépend pas de nous plutôt qu'en cherchant à le dominer. La sagesse consiste alors à ajuster nos désirs à l'ordre naturel des choses, non à le transformer.

Spinoza, dans l'Éthique, propose une troisième voie en identifiant Dieu et la nature (Deus sive Natura) : il n'existe qu'une seule substance infinie, dont tout ce qui existe découle par nécessité. Cette identification retire à la nature toute finalité extérieure (elle n'existe pas « pour » quelque chose) et invite à comprendre rationnellement les causes de nos passions plutôt qu'à leur attribuer un sens moral immédiat.

IVL'état de nature : une fiction politique chez Hobbes et Rousseau

Thomas Hobbes, dans le Léviathan (1651), imagine un état de nature où, en l'absence de toute autorité commune, chaque individu est en droit de tout faire pour se conserver : cette situation dégénère nécessairement en une guerre de tous contre tous, où la vie humaine devient précaire. C'est pour échapper à cette insécurité radicale que les hommes instituent, par contrat, un pouvoir souverain.

Jean-Jacques Rousseau conteste ce tableau dans le Discours sur l'origine de l'inégalité (1755) : l'homme naturel, isolé et dépourvu de raison développée, ne serait ni bon ni mauvais, mais simplement étranger à la guerre comme à la vertu, faute de rapports durables avec ses semblables. C'est l'apparition de la propriété et des rapports sociaux, non la nature elle-même, qui introduirait la domination et l'inégalité. Chez l'un comme chez l'autre, l'état de nature reste une hypothèse méthodologique destinée à éclairer la légitimité de la société civile, non un état historique attesté.

VMéthode de dissertation sur ce thème

  1. Distinguer les sens du mot « nature » dès l'introduction : nature physique, nature humaine, état de nature fictif.
  2. Repérer et éviter le sophisme naturaliste : ce qui est naturel n'est pas automatiquement bon, ni ce qui est artificiel automatiquement mauvais.
  3. Confronter la posture de maîtrise technique (Descartes) à la posture de conformité (les stoïciens, ou Spinoza sur un autre plan).
  4. Traiter l'état de nature comme une hypothèse méthodologique, jamais comme un récit historique vérifiable.
  5. Mobiliser un exemple contemporain précis : une question écologique ou bioéthique permet d'ancrer la réflexion sans l'anachronisme.
  6. Nuancer la conclusion en distinguant ce qui relève de la nature humaine invariante et ce qui relève de la culture, historiquement variable.

VIErreurs fréquentes

  • ✗ Confondre l'état de nature de Hobbes ou de Rousseau avec une période historique réellement documentée : c'est une hypothèse méthodologique, non un fait archéologique.
  • ✗ Commettre le sophisme naturaliste en concluant qu'une chose est bonne du seul fait qu'elle est naturelle, ou mauvaise du seul fait qu'elle est artificielle.
  • ✗ Réduire le projet cartésien de maîtrise de la nature à un simple mépris de l'environnement, sans rappeler son contexte (une visée médicale et technique au XVIIe siècle).
  • ✗ Confondre nature humaine (traits invariants) et culture (variations historiques et sociales), en attribuant à la nature ce qui relève en réalité d'une construction sociale.
  • ✗ Attribuer à Rousseau l'expression figée de « bon sauvage », qu'il n'emploie pas telle quelle et qui simplifie à l'excès sa position sur l'homme naturel.
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Sources. « La nature » figure parmi les notions du programme de philosophie des voies générale et technologique (Bulletin officiel spécial n°8 du 25 juillet 2019), consultable aussi sur eduscol.education.fr. Citations vérifiées à l’édition de référence indiquée pour chaque auteur.