La science
La science découvre-t-elle des vérités définitives, ou progresse-t-elle en corrigeant sans cesse ses propres erreurs ?
13 min de lecture · Quiz · 6 questions · Mis à jour le 26/09/2026
IIntroduction et problématique
La science jouit d’un prestige particulier : on lui accorde volontiers un statut de vérité que l’on refuse à la simple opinion. Mais qu’est-ce qui distingue précisément un énoncé scientifique d’une croyance, ou d’une théorie qui a seulement l’apparence de la scientificité ? Et une théorie scientifique, une fois établie, est-elle définitivement vraie, ou reste-t-elle toujours susceptible d’être remise en cause ?
Ces questions engagent aussi un problème plus large : la science est-elle une entreprise neutre, purement tournée vers la connaissance désintéressée, ou porte-t-elle en elle des effets sur l’action humaine, notamment à travers ses applications techniques, qui peuvent poser des problèmes éthiques nouveaux ?
IILe problème de la démarcation : Popper
Karl Popper cherche un critère permettant de distinguer une théorie scientifique d’une théorie qui n’en a que l’apparence (comme certaines doctrines qu’il juge pseudo-scientifiques). Son critère est celui de la falsifiabilité : une théorie est scientifique non pas parce qu’elle est vérifiée par des faits qui la confirment, mais parce qu’elle est formulée de telle sorte qu’un fait pourrait, en principe, la réfuter. Une théorie qui s’accommode de n’importe quel fait, qui ne prend jamais le risque d’être démentie, n’est pas scientifique selon ce critère.
Cette conception a une conséquence importante : une théorie scientifique n’est jamais définitivement prouvée vraie, elle est seulement corroborée, provisoirement, tant qu’aucune expérience ne l’a réfutée. La science progresse ainsi moins par accumulation de certitudes que par l’élimination progressive d’hypothèses fausses.
IIILa rupture épistémologique : Bachelard
Gaston Bachelard insiste sur un autre aspect du progrès scientifique : la connaissance scientifique ne se construit pas par un développement continu et paisible du sens commun, mais par une rupture avec des représentations premières qu’il nomme obstacles épistémologiques (l’observation naïve, l’image trop familière, l’opinion non critiquée). Selon lui, « l’esprit scientifique » doit se former contre l’opinion, contre la connaissance sensible immédiate, en rectifiant sans cesse ses propres erreurs.
Descartes, avant Bachelard, voyait déjà dans la connaissance de la nature un pouvoir d’action : il exprime dans le Discours de la méthode l’ambition de rendre les hommes « comme maîtres et possesseurs de la nature », grâce notamment à une physique fondée sur des principes clairs et distincts. Cette ambition annonce l’articulation moderne entre science et technique, qui pose la question de savoir si tout ce que la science rend possible doit être appliqué.
- Science
- connaissance méthodique et rationnelle, organisée en théories vérifiables, qui vise à expliquer les phénomènes du monde.
- Falsifiabilité
- chez Popper, propriété d’un énoncé scientifique qui pourrait, en principe, être contredit par un fait d’expérience.
- Obstacle épistémologique
- chez Bachelard, représentation première (opinion, image familière) que l’esprit scientifique doit surmonter pour progresser.
- Théorie
- ensemble organisé de lois et d’hypothèses permettant d’expliquer et de prévoir des phénomènes.
IVMéthode
- Distinguer science et opinion dès l’introduction : la science se construit méthodiquement et se soumet à l’épreuve des faits.
- Distinguer science et technique : la première vise la connaissance, la seconde vise l’action efficace sur le réel.
- Mobiliser le critère de falsifiabilité pour traiter un sujet sur la démarcation entre science et pseudo-science.
- Nuancer l’idée de vérité scientifique définitive en rappelant qu’une théorie corroborée reste provisoire chez Popper.
- Interroger les applications techniques de la science quand le sujet porte sur la responsabilité ou l’éthique.
VErreurs fréquentes
- ✗Affirmer qu’une théorie scientifique est prouvée vraie une fois pour toutes, alors qu’elle reste, chez Popper, seulement corroborée et réfutable.
- ✗Confondre science et technique, comme si connaître la nature et agir efficacement sur elle relevaient de la même démarche.
- ✗Croire que Bachelard rejette toute observation, alors qu’il critique seulement l’observation naïve non critiquée par la raison.
- ✗Présenter la falsifiabilité comme un défaut de la science, alors qu’elle en constitue au contraire la force selon Popper.
- ✗Traiter « la science » comme un bloc homogène, sans distinguer les sciences expérimentales des sciences formelles comme les mathématiques.
emplacement réservé