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Le langage

Le langage sert-il seulement à exprimer une pensée déjà formée, ou la rend-il elle-même possible ?

12 min de lecture · Quiz · 6 questions · Mis à jour le 26/09/2026

IIntroduction et problématique

Nous parlons sans y penser, comme nous respirons. Cette facilité même masque une difficulté : le langage sert-il seulement à transmettre une pensée déjà formée à l'intérieur de nous, comme un simple véhicule ou un habit que l'on choisit après coup ? Ou bien la pensée n'existe-t-elle réellement que dans les mots qui l'articulent, de sorte que penser sans langage serait tout simplement impossible ?

La question se double d'une autre : le langage est-il le propre de l'homme ? Les abeilles communiquent par des danses précises la direction et la distance d'une source de nourriture ; les dauphins échangent des signaux complexes. Faut-il alors réserver le mot « langage » à ces échanges, ou existe-t-il une différence de nature, et non seulement de degré, entre ces communications animales et le langage humain ?

Le langage exprime-t-il une pensée déjà là, ou la rend-il seule possible ?

IIDéfinitions

Définitions, à retenir
Langage
faculté générale, propre à l'espèce humaine, de communiquer au moyen d'un système de signes.
Langue
chez Saussure, système particulier de signes propre à une communauté (le français, le japonais...), distinct de la faculté générale de langage.
Parole
chez Saussure, l'usage individuel et concret que chaque locuteur fait de la langue.
Signe linguistique
selon Saussure, l'union d'un signifiant (l'image sonore ou écrite) et d'un signifié (le concept), unis par un lien arbitraire et non naturel.
Double articulation
notion introduite par le linguiste André Martinet : le langage humain combine un nombre restreint de sons (phonèmes) pour former un nombre illimité de mots et de phrases, ce qu'aucun système animal connu ne réalise.

IIILe langage constitue-t-il la pensée, ou se contente-t-il de l'exprimer ?

Une première thèse, souvent implicite dans l'usage courant, considère le langage comme un instrument : la pensée existerait indépendamment de lui, et les mots ne feraient que la mettre en forme pour la communiquer à autrui. Cette conception instrumentaliste suppose une pensée pure, antérieure à toute mise en mots.

Le linguiste Wilhelm von Humboldt puis le philosophe Ludwig Wittgenstein contestent cette séparation. Pour Wittgenstein, dans le Tractatus logico-philosophicus (1921), les limites de notre langage tracent les limites de notre monde : nous ne pouvons penser distinctement ce que nous ne pouvons formuler. La pensée ne précéderait donc pas le langage comme un contenu tout formé attendant son enveloppe ; elle se construirait avec lui et par lui.

Rousseau, dans l'Essai sur l'origine des langues, avance une thèse plus inattendue encore : les premiers langages humains ne seraient pas nés du besoin (pour lequel un simple geste suffirait) mais de la passion, de l'émotion qu'un être humain cherche à communiquer à un autre. Le langage serait donc originellement plus proche du chant ou du cri expressif que du calcul utilitaire.

IVCommunication animale et langage humain : une différence de degré ou de nature ?

Le linguiste Émile Benveniste a comparé la danse des abeilles, décrite par le zoologiste Karl von Frisch, à un véritable langage. Sa conclusion est réservée : la danse transmet une information précise (distance, direction), mais elle reste un code fixe, sans possibilité de dialogue, de question, ni d'invention. Une abeille ne peut pas mentir, ni raconter un événement passé, ni inventer un signe nouveau.

Le langage humain, à l'inverse, est marqué par ce que le linguiste appelle sa productivité infinie : avec un nombre fini de mots et de règles, un locuteur peut produire une infinité de phrases nouvelles, y compris pour évoquer ce qui est absent, passé, futur ou même fictif. Aristote, dans la Politique, désigne l'être humain comme un animal doué de langage (logos) précisément parce que ce langage lui permet, à la différence du simple cri qui exprime la douleur ou le plaisir, de délibérer sur le juste et l'injuste, donc de vivre en cité.

VMéthode de dissertation sur ce thème

  1. Distinguer langage, langue et parole dès l'introduction : le sujet porte-t-il sur la faculté générale, ou sur une langue en particulier ?
  2. Clarifier ce que recouvre « communiquer » : transmettre une information (les abeilles le font) n'est pas encore parler au sens plein.
  3. Confronter la thèse instrumentaliste (le langage exprime une pensée déjà là) à la thèse constitutive (le langage rend la pensée possible), sans se contenter de les juxtaposer.
  4. Mobiliser un exemple précis : un cas d'aphasie, la langue des signes, la traduction d'un poème, pour éviter les généralités.
  5. Interroger le rapport entre langage et vérité : le langage sert-il aussi à mentir, à séduire, à manipuler, et cela change-t-il sa définition ?
  6. Nuancer la conclusion : le langage humain se distingue des communications animales par degré (complexité) et par nature (double articulation, productivité infinie).

VIErreurs fréquentes

  • ✗ Confondre langage et langue : parler du « langage français » au lieu de la « langue française » brouille la distinction saussurienne entre faculté générale et système particulier.
  • ✗ Affirmer que les animaux ne communiquent absolument pas : la danse des abeilles ou les cris d'alarme des vervets sont bien des communications ; ce qui leur manque, c'est la double articulation et la créativité infinie du langage humain.
  • ✗ Réduire le langage à un simple outil de nomination des choses, en ignorant son rôle dans la construction même de la pensée, comme le montre le débat Humboldt/Wittgenstein.
  • ✗ Citer la formule de Wittgenstein sans expliquer ce qu'elle signifie précisément (les limites de mon langage sont celles de ce que je peux penser distinctement, non celles du monde physique lui-même).
  • ✗ Traiter le sujet uniquement du point de vue de la communication, en oubliant que le langage a aussi une fonction expressive et une fonction cognitive.
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Sources. « Le langage » figure parmi les notions du programme de philosophie des voies générale et technologique (Bulletin officiel spécial n°8 du 25 juillet 2019), consultable aussi sur eduscol.education.fr. Citations vérifiées à l’édition de référence indiquée pour chaque auteur.